La Vierge Marie dans l'art

La Vierge Marie est représentée dans l’art depuis les débuts de l’ère chrétienne. D’après la tradition orthodoxe, La Vierge Marie aurait elle-même béni les premiers portraits que st Luc a réalisés d’elle, et elle leur aurait conféré la puissance de sauver ceux qui les vénéreraient. Il est beau de penser que  la Vierge Marie puisse avoir  établi et béni ce lien profond entre l’œuvre d’art, la dévotion et la possible fonction salvifique de l’œuvre d’art. St Luc aurait écrit trois icônes de la Vierge Marie après la Pentecôte, et ces icônes auraient ensuite servi de prototypes pour les iconographes.

Les enjeux de l’art marial et ‘ l’énigme de la Beauté’

Dostoïevski a mis en évidence ce lien entre salut et beauté : le fait que le salut puisse advenir par la beauté d’une œuvre d’art, qui peut ‘faire perdre la foi’ ou, au contraire,  la faire advenir, est au cœur des enjeux de l’œuvre d’art[1]. Dostoïevski parle de cette ‘énigme de la beauté ‘en se posant cette question : est-ce la beauté qui sauve, ou est-ce elle qui a besoin d’être sauvée ?

La représentation de la Vierge Marie

Dès le commencement de l’art chrétien s’est posé le problème de la représentation, en raison du commandement du Décalogue[2] . Cependant l’Église a rapidement compris que les images du Christ, de la Vierge Marie et des saints ne constituaient pas une désobéissance à ce commandement : Il devint clair assez vite[3] que l’interdit du Décalogue concerne l’idolâtrie, c’est-à-dire le culte d’adoration adressé à des images qui ont un statut divin. Le culte rendu aux images a donc permis de distinguer clairement dans le christianisme le culte d’adoration (lâtrie), réservé à Dieu seul -le Créateur- , du culte de vénération (dulie) adressé aux saints et aux anges, créatures qui nous accompagnent sur le chemin, présentent à Dieu nos prières et nous aident à parvenir à Dieu.

La Vierge Marie, ‘nouvelle Ève’

Vivre cette expérience du salut de la beauté par le prisme de l’art marial peut fournir des éléments de réponse à cette énigme : La Vierge Marie, ‘Nouvelle Ève’ est en effet la seule créature en laquelle coïncident parfaitement vérité, beauté et bonté : préservée de la marque du péché originel, elle n’a donc pas vécu cette rupture entre la Vérité, l’éthique (ce qui est bon) et l’esthétique (ce qui est beau)[4], coupure qui peut conduire jusqu’à la tentation de l’esthétisme, c’est-à dire à la recherche de la Beauté indépendamment de sa valeur éthique. La figure parfaitement vraie, belle, pure et bonne de la Vierge Marie ne peut donc que toucher et inspirer les artistes : elle est un modèle de vertus et de beauté, et les artistes vont pouvoir, selon les époques et selon les sensibilités spirituelles, exalter telle ou telle vertu de la Vierge Marie dans leurs œuvres : c’est ainsi que l’on voit apparaître des types iconographiques, tels que les Vierges d’humilité, de sagesse, de miséricorde, les vierges priantes, etc.

En outre, le lien qui unit le Christ à la Vierge Marie est au cœur de la représentation artistique mariale. Comme le dit le Catéchisme de l’Église catholique :

« Tous les signes de la célébration liturgique sont relatifs au Christ : les images sacrées de la sainte Mère de Dieu et des saints le sont aussi[5]. »

Ainsi, représenter la Vierge Marie est également une façon de rendre hommage à la vie du Christ, à son Incarnation et à la maternité divine de Marie : Vierges à l’Enfant exaltant l’enfance du Christ et le rôle de Marie (les Vierges à l’Enfant, par exemple, exaltent la tendresse qui les lie (Vierge de tendresse), Vierges souffrantes, participant à la Passion du Christ (Vierges aux sept glaives, Pietà, etc.), Vierges glorieuses (Couronnement de la Vierge Marie), Vierges d’intercession, etc.

Expérience artistique et expérience religieuse

En outre, l’Église a encouragé les artistes et développé ce que le pape Benoît XVI nomme une « amitié [6]» avec les artistes et les arts. En effet, l’œuvre d’art chrétienne n’est pas une simple illustration, mais bien une ‘re-présentation’, au sens premier du terme, qui nous rend présent, au cœur de toute figuration, ce qui est voilé, caché, de l’ordre du mystère. C’est dans cette distance, dans ce mode de présence fait d’absence, que peut se vivre l’expérience artistique du surnaturel. Expérience  artistique et expérience religieuse peuvent donc coïncider dans la contemplation, qui nous délivre d’une certaine réalité pour nous ouvrir à l’au-delà.

 L’universalité de l’art marial

Parler de l’art marial de façon exhaustive est une tâche quasi impossible, tant la figure de la Vierge Marie a été louée et célébrée dans tous les arts et partout dans le monde: dans l’architecture, la sculpture, les arts visuels (peinture, dessin, etc.), en musique, en littérature sacrée et même profane, dans les arts de la scène (théâtre, danse, etc.) et jusque dans le septième art : le cinéma…Il faut donc effectuer un choix.

 Le développement de l’art  marial

Les représentations de la Vierge Marie ont été influencées et suscitées par de nombreux facteurs : les façons dont la Bible décrivent ou symbolisent la Vierge Marie dans l’Ancien Testament[7], le développement progressif des dogmes marials, le développement de l’art chrétien dû à la paix constantinienne, puis – devant l’expansion du christianisme et le développement des lieux de culte – à l’institution du christianisme comme religion d’État dans l’Empire romain à la fin du IVès, l’histoire de l’Église, les relations entre l’Église et les artistes[8], etc. Le développement de la dévotion mariale a également suscité de nombreuses œuvres artistiques qui peuvent être liées  à des apparitions de la Vierge Marie[9], aux sensibilités propres des époques, aux relations entre les artistes eux-mêmes, aux  lieux de dévotion mariale, etc. Tout cet ensemble de facteurs a donné lieu à des types de représentations, et à d’innombrables œuvres, dont il est impossible de rendre compte de façon exhaustive…

Entrons donc dans ce monde de l’art marial…


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